François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur, a apporté, lundi 26 mars, son soutien à François Bayrou. Dans un entretien au quotidien régional
Ouest France, le ministre rappelle que ses
"divergences avec le président de l'UMP ne sont pas nouvelles". "J'ai toujours appelé à davantage d'ouverture, et aujourd'hui j'ai décidé de soutenir François Bayrou, l'homme et son projet. C'est un homme profondément moderne qui cultive ces vertus complémentaires que sont la modération et le caractère."
Sur RTL, il a enfoncé le clou, estimant que le candidat de l'UDF présente "le seul programme sérieux". Membre de l'UMP, François Goulard est le deuxième ministre du gouvernement Villepin, après Azouz Begag, à se ranger derrière François
Bayrou. "J'ai regardé les programmes (...). Le seul programme sérieux, qui échappe à la démagogie, qui n'ait pas ouvert la boutique aux cadeaux, promesses en libre-service, le seul qui ne désigne pas l'euro comme bouc émissaire (...), le seul qui prend les électeurs au sérieux, c'est François Bayrou", a-t-il expliqué.
"MODERNISER LA POLITIQUE"
François Goulard a souligné également "un besoin de moderniser la politique", la nécessité "d'aller vers des logiques de projets". "La démarche de François Bayrou me paraît utile aujourd'hui et moderne", a-t-il ajouté, en se présentant comme "un homme de droite". Selon lui, ni Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal ne sont "des candidats de rassemblement".
M. Goulard, qui s'est toujours montré très critique à l'égard de Nicolas Sarkozy et a longtemps soutenu l'idée d'une candidature Villepin à la présidentielle, a estimé que "le score de François Bayrou dans les sondages est une indication très forte que beaucoup de Français ont envie de changement".
Source : Le Monde
Entretien accordé ce matin sur RTL :
Invité de RTL lundi matin, le ministre délégué à l'Enseignement supérieur a apporté son soutien au candidat UDF à la Présidentielle. Selon ce proche de Dominique de Villepin, "François Bayrou présente le seul programme sérieux".
- Jean-Michel Aphatie : Bonjour François Goulard.
François Goulard : Bonjour.
- Vous êtes membre de l'UMP, ministre depuis mars 2004 et vous êtes l'un des derniers ministres à ne pas avoir pris publiquement position en faveur d'un candidat à l'élection présidentielle. Alors qui avez-vous choisi de soutenir, François Goulard ?
Je le fais... et je le fais ce matin et j'ai décidé de soutenir François Bayrou.
- Pour quelle raison ?
Ah, j'ai d'abord regardé les programmes. Programme du président de l'UMP, programme de la candidate PS, programme de François Bayrou.
- Alors, vous n'auriez pas pu soutenir Ségolène Royal, quand même ? Si ?
Non, bien sûr. Le seul programme sérieux, le seul qui échappe à la démagogie, le seul qui n'ait pas ouvert la boutique aux cadeaux, promesses en libre-service, le seul qui ne désigne pas l'euro comme le bouc-émissaire, la source de toutes les difficultés alors qu'on n'y peut rien à la parité de l'euro-dollar, c'est pas le politique en France qui en décide. Le seul qui prend les électeurs au sérieux, eh bien c'est François Bayrou et c'est la raison pour laquelle moi, j'ai décidé de le soutenir, de soutenir l'homme et de soutenir le projet politique.
- Le programme de Nicolas Sarkozy est démagogique ?
50 milliards de dépenses publiques supplémentaires, c'est pas sérieux. Et puis, il y a une autre chose : je crois que nous avons un besoin de moderniser la politique en France. Nous sommes archaïques. Regardons ce qui se passe ailleurs en Europe : des pays où des gens de droite et des gens de gauche sont capables de se rassembler sur des projets. En France, nous avons une politique des postures. On prend des postures. Alors, certes, on attire un certain nombre d'électeurs mais on en rejette d'autres. Prenez l'exemple du ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale dont on parlait un instant. Eh bien, ça, bien sûr il y a des électeurs qui adhèrent. Et puis, il y en a d'autres qui sont blessés.
- Ca, c'est une promesse de Nicolas Sarkozy.
Il y en a d'autres qui se sentent rejetés. Pensez à tous ces Français qui sont issus de l'Immigration. Ils se sentent désignés comme portant atteinte - d'une certaine manière - à l'identité nationale.
- Ca vous a choqué, vous, ce ministère ?
Eh bien, ça c'est inacceptable. Ca m'a choqué et je crois que ça empêche d'avoir des politiques efficaces parce que quand on est au pouvoir... Oh, certes, pour être au pouvoir, il faut 51% des voix !... Mais quand vous rejetez dans une opposition viscérale une partie de la population, sur quelque sujet que ce soit, vous ne pouvez pas gouverner. Alors moi, je dis qu'il est temps de sortir des postures pour aller vers des logiques de projet parce que les projets, ça rassemble, les projets ça oblige à tenir compte des réalités. Voilà ce que je pense et voilà pourquoi la démarche de François Bayrou me paraît utile aujourd'hui et moderne.
- Vous pratiquez le pardon des offenses parce que François Bayrou dans sa campagne, dit que les gouvernements successifs ont échoué depuis vingt-cinq ans. Donc, le vôtre aussi, François Goulard. Il a même voté la censure contre le gouvernement auquel vous appartenez ?
C'est vrai mais là, nous parlons de l'avenir. Nous ne parlons pas du passé. L'impuissance politique, l'impuissance publique en France c'est une réalité. Prenez le problème des retraites, qui en parle le premier ? Un homme de gauche : Michel Rocard. Et il faut presque vingt ans pour qu'on aboutisse à un début de réforme. Je dis bien : à un début. Pourquoi ? Parce qu'un syndicat, la CFDT, a accepté de sortir de sa posture traditionnelle, a accepté de faire bouger les lignes. Et puis, demain, il faudra aller plus loin, il faudra à nouveau changer. Est-ce que vous pensez qu'en disant qu'on va supprimer les régimes spéciaux, on pose les conditions d'une réforme possible, je ne le pense pas.
- Vous diriez que le gouvernement a échoué ? Ce gouvernement, François Goulard ?
Le gouvernement n'a pas échoué. D'abord, le président de la République est un homme de rassemblement, il ne faut pas l'oublier. Et je ne suis pas sûr que le candidat de l'UMP ou la candidate du PS, aujourd'hui, soit un homme ou une femme de rassemblement.
- Mais le gouvernement actuel, il a échoué ou il n'a pas échoué ?
Le gouvernement a un bilan. Ce bilan est présentable. Il est positif. Nous aurions pu aller plus loin avec davantage de consensus, avec davantage d'adhésions de la part de notre population.
- Au début de l'année, François Goulard vous disiez : "Les idées libérales ne sont pas suffisamment portées par l'UMP". Elles le sont suffisamment par François Bayrou, d'après vous ?
Vous savez, il ne s'agit pas de savoir si François Bayrou a toutes les idées du monde. Il s'agit de savoir si des gens qui ont leurs convictions - et j'ai les miennes, et je les assume - sont capables de travailler ensemble, comme on le fait d'ailleurs dans d'autres pays européens. Ca n'est pas un hasard si en Europe, aujourd'hui, il y a plusieurs pays où des gens de droite et des gens de gauche sont capables de travailler ensemble. Vous savez, en France, la droite et la gauche sont bloquées, sont tenues par leurs extrêmes.
La gauche, parce qu'elle n'a pas su se moderniser suffisamment. Elle est bloquée d'un point de vue idéologique. Elle n'a pas fait sa mutation comme les autres partis socio-démocrates en Europe. Et la droite est bloquée par l'extrême-droite avec ses tentatives de chasser sur les terres de Le Pen. Je pense que nous avons besoin de bouger, nous avons besoin de changer, d'évoluer, de moderniser la vie politique en France.
- Est-ce que vous rendez service à François Bayrou en le rejoignant. Lui, il fait surtout des clins d'oeil à la gauche. C'est de la gauche qu'il attend des renforts. Et c'est vous, François Goulard, qui le rejoignez ce matin. Est-ce que vous lui rendez service ?
Mais François Bayrou a besoin que des hommes et des femmes de droite et de gauche disent : "On est d'accord pour y aller, on est d'accord pour gouverner ensemble. Nous sommes d'accord pour nous rassembler autour de projets". Voilà.
- Et si jamais il y avait un deuxième tour Sarkozy - Royal ? Vous préféreriez voter pour Ségolène Royal plutôt que pour Nicolas Sarkozy ?
Nous sommes avant le premier tour et nous verrons. Et je pense que le score que fait aujourd'hui François Bayrou dans les sondages est une indication très forte que beaucoup de Français - oh pas tous, loin s'en faut ! - beaucoup de Français ont envie de changement.
- Mais là, aujourd'hui, vous homme de droite traditionnellement, on peut le dire comme ça...
Mais je l'assume.
- ... qui êtes prêt en rejoignant François Bayrou à travailler avec des gens de gauche ? Entre la gauche et la droite, s'il fallait choisir aujourd'hui, que choisiriez-vous ?
Mais je suis un homme de droite. Je suis un homme de droite. Je dis simplement que si nous ne bougeons pas, nous n'avons aucun espoir de moderniser la vie politique en France. Il ne s'agit pas pour François Bayrou d'élargir le centre, de dire que tout le monde pense la même chose. Il s'agit de dire simplement qu'il y a des projets qui dépassent des clivages. J'entendais Mme Royal parler de clivage droite - gauche. Elle veut diviser les Français. Et ça, je ne crois pas que ce soit bon. Je crois qu'en réalité, les Français ont des partis politiques qui ne sont pas à la hauteur aujourd'hui. La France vaut mieux que ces Partis politiques qui sont des partis politiques archaïques, archaïques, qui n'ont pas évolué et qui ne savent pas prendre en compte les réalités.
- Vous avez toujours été proche ou dans une certaine proximité avec Dominique de Villepin ?
Bien sûr.
- Vous l'avez informé de votre choix ?
Je l'ai informé.
- Qu'est-ce qui vous a dit ?
Sans commentaire.
- Sans commentaire. Vous ne me le direz pas ? Est-ce qu'on peut dire, ce matin, sur RTL, François Goulard, que vous souhaitez la défaite de Nicolas Sarkozy ?
Je souhaite évidemment la victoire du candidat que je soutiens.
- C'est pas tout à fait ma question...
Non et c'est ma réponse...
- Donc, vous souhaitez la défaite de Nicolas Sarkozy ?
Je souhaite la victoire de François Bayrou. Pourquoi ? Pourquoi ?
- Il faut changer la vie politique mais enfin, il faut toujours continuer à ne pas répondre aux questions.
Soyons logique. J'apporte, ce matin, un soutien à un candidat. Ca veut dire tout simplement que je souhaite sa victoire.
- Et donc la défaite de Nicolas Sarkozy ? Vous allez quitter l'UMP, François Goulard ?
Question assez secondaire pour ne pas dire subalterne.
- J'en conviens. C'est pour ça que je la pose à la fin.
Je ne sais pas. Et je ne sais pas ce que fera l'UMP. C'est pas mon souci aujourd'hui.
- L'UMP soutient Nicolas Sarkozy. Et vous, vous ne soutenez pas le candidat de l'UMP.
Eh bien je prends une position claire : je l'assume totalement et je soutiens François Bayrou.
- Et est-ce que vous en tirez les conséquences en quittant l'UMP ?
Ah, je pense que ça va de soi.
- François Goulard, qui ne soutient donc pas Nicolas Sarkozy mais François Bayrou. C'est la fin du suspense.
Source : RTL
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